Quand nous sommes acculés par les problèmes et que tout semble se liguer contre nous, notre méfiance exacerbée peut très vite se transformée  en paranoïa. Mais entre un délire paranoïaque ponctuel et une structure paranoïaque où est la limite ?

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La  paranoïa est un trouble mental manifesté par des difficultés relationnelles, des troubles du comportement et un sentiment de persécution pouvant aller jusqu’à un point d’irrationalité et de délire. Parfois la rigidité de notre caractère peut dissimuler un caractère paranoïaque sans développement de délire. Mais attention une personnalité paranoïaque peut très bien évoluer vers une authentique paranoïa. Comment se forme le caractère paranoïaque?  Est-ce que l’on peut prévenir un état paranoïde délirant et le soigner?

 

La paranoïa  survient en général entre 30 et 40 ans, chez des individus qui présentaient le plus souvent une personnalité paranoïaque préalable, et elle est centrée sur un délire. Le délire est un trouble du contenu de la pensée caractérisé par la permanence d’idées délirantes (c’est-à-dire des idées manifestement en désaccord avec la réalité observable) dont le sujet est convaincu.

 

Ces idées délirantes peuvent, toutefois, être en accord avec certaines croyances communément acceptées socialement, mais une des caractéristiques du délire est que le malade y croit aveuglément, même lorsqu’on lui apporte la preuve qu’il se trompe. Au cours de la paranoïa, ce délire est dit délire paranoïaque. Le délire paranoïaque est complètement différent du délire paranoïde observé quant à lui dans la schizophrénie. C’est une différence de nature et pas de degré qui existe entre les deux termes. En termes de mécanisme, le délire paranoïde est multiple (hallucinations, interprétations, etc.) tandis que le délire paranoïaque est principalement interprétatif. Les thèmes sont multiples dans le délire paranoïde tandis qu’il existe un thème unique (, etc.) dans le délire paranoïaque. Enfin, le délire paranoïde n’est pas systématisé (pas de cohérence interne) tandis que le délire paranoïaque l’est.

 

 

La caractère paranoïaque

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 Le caractère paranoïaque

 

Le caractère paranoïaque comporte une surestimation de soi et une absence de souplesse dans son raisonnement. Une psychorigidité rend ces sujets orgueilleux, autoritaires, intolérants, méprisants incapables d’autocritique. Imbus d’eux-mêmes et méfiants, ils détestent la familiarité et les plaisanteries, redoutent qu’on leur tende des pièges et se tiennent prêts à relever la moindre injustice dont ils pourraient être victime.

Même s’ils sont d’un bon niveau intellectuel, ils ont un jugement faux dès qu’il s’agit de leur vie affective. ce qui pour effet de perturber les relations sociales. Dans un groupe un paranoïaque ne peut-être qu’un solitaire, meneur tyrannique révolté ou vindicatif. Par contre quand elles sont peu accentuées, ces attitudes restent compatibles avec la vie sociale, même si ceux qui les présentent sont réputés « difficiles à vivre »

Quand ces attitudes sont plus marquées, elles constituent une névrose de caractère et les relations avec autrui sont gravement altérées. A cause de son orgueil, de sa susceptibilité, de sa méfiance, de ses erreurs de jugement et d’un sentiment de persécution à peu près constant, le sujet est voué à l’isolement social. A un état supérieur, elles réalisent un état psychotique délirant.

 

 

Les différents types de délires paranoïaques

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Les délires paranoïaques s’élaborent à partir d’une ou de plusieurs idées précises, qui n’ont le plus souvent, aucun fondement objectif mais auxquelles le sujet adhère totalement. L’argumentation du malade devient si solide qu’il finit par convaincre son entourage. Lesquels arrivent parfois à partager les croyances du malade. On distingue quatre formes de délires paranoïaques.

Les délires passionnels, dont le noyau est la jalousie (certitude d’être trompé)

Le sujet à l’intuition délirante d’être trompé. Il met toute son énergie dans la recherche de preuves, d’indices qui convergent en faisceau. Le délire consiste à faire passer le sujet d’une relation duelle hétérosexuelle à une relation triangulaire (introduction d’un tiers de même sexe que lui. La valeur de défense de ces délires contre les pulsions homosexuelles inconscientes apparaît clairement. Derrière la haine affichée pour le rival, transparaît la nature profonde des pulsions réprimées (voir refoulement). Le sujet somme son conjoint de dire tout le plaisir qu’il trouve auprès du rival. La haine du partenaire de sexe opposé apparaît évidemment dans l’accusation persécutrice du conjoint, les injures et souvent la violence.

 

Exemple: un délire de jalousie

Adeline est hospitalisée contre son gré à la demande de son mari. Elle dirige l’essentiel de son agressivité contre son mari qu’elle accuse d’avoir pour maîtresse une femme de 10 ans plus jeune qu’elle, et qui est mariée à un collègue de son mari. Les deux couples sont amis.

Depuis un an elle trouvait son mari  « mufle » avec elle, sans attentions… Sa conviction apparaît le jour où elle croît entendre son mari tutoyer cette amie au téléphone, ce qu’il nie. Elle engage un détective privé dont l’enquête est négative. Adeline accuse le détective privé de l’avoir flouée en empochant l’argent sans faire de filatures. Sa conviction est inébranlable mais les preuves inconsistantes.

– L’amie s’indigne agressivement quand elle l’accuse:  » C’est bien une preuve! »

– elle épluche les dépenses quotidiennes de son mari et ne trouve que des « trous  » de 5 où 10 euro: « C’est une preuve qu’il agit subtilement », en évitant de se démasquer par des prodigalités voyantes.

Adeline se sent d’autant plus bafouée qu’elle aimait beaucoup cette fille: « je la trouvais sympa…belle. «Maintenant elle la hait, ne pense plus qu’à elle: « je la vois je la renifle… »

Adeline garde de son enfance un souvenir douloureux. Son père, résistant, meurt en déportation. Sa mère doit travailler dur pour élever ses 4 ans enfants qu’elle place dans des établissements « pour orphelins », ne les récupérant que sur de courtes périodes; Maman m’a mal dirigée, elle n’avait pas le temps… » Sa scolarité est faite de multiples « ratages ». Elle finit par trouver un emploi de bureau où elle rencontre son mari, cadre dans l’entreprise.

Dans les entretiens, à côté de sa conviction délirante et hypersthénique (elle se plaît à imaginer tuant sa « rivale »), apparaît très vite une dimension profondément dépressive, sensitive: sentiment d’avoir une histoire gâchée, plein de carences et de drames, de renoncements, d’inhibition et d’échecs.

L’érotomanie (illusion délirante d’être aimé).

Dans l’illusion délirante d’être aimé, toute une foule d’indices lui « prouvent » que la personne désignée (toujours inaccessible dans la réalité) s’apprête à lui déclarer son amour; Le délirant guette les signes et indices, puis s’impatiente, et se dévoile en voulant provoquer l’aveu d’amour. Repoussé, il se sent bafoué et « l’amour » pour l’objet se transforme en ressentiment et haine, dévoilant là encore le sens profond du délire qui lui permet d’exprimer son aversion inconsciente.

 

 

 

Les délires de revendications

Le paranoïaque, dont la personnalité tout en intransigeance et orgueil s’est bâtie défensivement pour se protéger d’un sentiment profond d’insuffisance et de fragilité, peut trouver dans le délire de revendication un moyen d’affirmer sa supériorité absolue, mais jamais reconnue. Ainsi, il demande interminablement en justice réparation de torts imaginaires, ou bien il revendique la paternité de découvertes fantasques ou encore il se fait le porte-drapeau solitaire de valeurs morales, politiques ou religieuses (idéalisme passionné). Le délire représente son exigence vitale de reconnaissance de sa valeur, son besoin qu’il lui soit fait justice des frustrations subies. La persécution est toujours présente dans sa mégalomanie: il est seul contre tous, victime d’un complot contre lui-même.

 

Les délires de d’interprétation

C’est à partir d’une croyance de base, à tonalité le plus souvent persécutrice que le sujet interprète toute la réalité: chaque chose ou chaque événement recèle un sens qu’il faut décrypter. Le délire d’interprétation ou folie raisonnante s’accompagne presque toujours d’une interprétation permanente d’être persécuté dans lequel le sujet, à la suite déboires se met à fournir des interprétations délirantes et a souvent des réactions dépressives.

Le délire sensitif de relation

C’est une variété très particulière de délires paranoïaques car la tonalité y est très différente. La persécution est vécue non pas dans la mégalomanie sthénique et agressive mais au contraire dans un sentiment dépressif de dévalorisation. Les traits de caractère sensitifs sont d’ailleurs diamétralement opposés aux traits paranoïaques: timidité, auto dévalorisation, inhibition, soumission…En fait, le caractère paranoïaque apparaît bien comme un caractère défensif destiné à se protéger de la sensitivité sous-jacente en surcompensant ses composantes.

 

 

 

 

 

L’origine de la structure paranoïaque

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L’origine de la structure paranoïaque a fait l’objet de plusieurs hypothèses. Pour l’école psychanalytique, la paranoïa serait essentiellement un mode de défense contre les pulsions homosexuelles latentes dont le sujet projetterait sur autrui.

D’autre part elle constituerait à une régression à un stade du développement de l’enfant (sadique anal) caractérisée par une attitude agressive destructrice envers les images parentales et par voie de conséquence, par la crainte inconsciente d’être agressé par eux. A partir de cette situation à la fois acceptée et redoutée, le sujet parviendrait à l’attitude paranoïaque par le processus suivant: tout d’abord, il transformerait en son contraire la pulsion homosexuelle ( » je l’aime deviendrait » je le hais »); puis il projetterait sur l’objet l’idée transformée (« je le hais » deviendrait  » il me hait »); enfin apparaîtrait le délire parfaitement justifié ( » puisqu’il me hait, je le hais »).

Soigner la paranoïa

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Quand les symptômes paranoïaques arrivent à leur paroxysme, une hospitalisation souvent à la demande d’un tiers est nécessaire.  Toutefois la régression narcissique est moins profonde dans ces délires chroniques que dans la schizophrénie : elle ne va pas jusqu’à la scission compète du MOI. Ce qui permet à la délirante chronique de conserver, à côté du délire, tout un secteur d’adaptation à la réalité. L’utilisation réduise l’intensité des phénomènes délirants. Cependant la prise en charge est rendue difficile par le caractère hypersthénique (état de pleine activité de fonctionnement normal) de ces patients.

 

L’approche psychothérapique de ces patients nécessite une grande prudence. J’ai eu des patients qui ont développé une paranoïa aiguë, avec lesquels j’avais entretenu auparavant une relation de confiance, ce qui ne les empêchaient pas de projeter sur moi leurs délires paranoïaques. La confrontation à leur extrapolations persécutrices doit se faire avec un certaine habilité et je dois avouer que même si je m’en suis « bien sorti », j’ai eu de fil à retorde.

Si vous connaissez dans votre entourage quelqu’un qui présente de près ou de loin ces caractéristiques, laissez-moi vos impressions ci-dessous. Je pourrais vous donner quelque clé pour y faire face.

 

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