Les émotions et les réactions normales à la tristesse ne sont pas que deuil et dépression…

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Un ensemble d’émotions tels que: Angoisse, agressivité passant par la culpabilité, la confusion, le soulagement et bien d’autre encore ne touche pas seulement la sphère des émotions, mais également l’ensemble des systèmes de vie…

 

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Le travail, la relation aux autres, l’image de soi, le repli, l’enfermement jamais éprouvés auparavant peuvent survenir et apparaître de façon et d’une intensité inhabituelle dans un contexte de perte. Notre société véhicule l’idée qu’un individu équilibré doit être rationnel et que montrer ses émotions est considérer comme un signe d’immaturité. Quand ces émotions sont intenses, on sera considéré comme « hypersensible ». Enfin, si elles sont particulièrement intenses, on conclura que la personne devient folle, ou qu’elle fait un « deuil pathologique ». L’impression de devenir fou est fréquente chez les personnes en deuil. On ne comprend parfois plus ses propres réactions. Les réactions gênées de l’entourage renforcent la conviction que le comportement est inadéquat ou anormal.

Voici à présent tous les comportements ainsi que les émotions que vous pouvez ressentir après un deuil.

 

 

Confusion et désorientation

 

Le sentiment de confusion et de désorientation pousse parfois la personne à s’isoler. Ce sentiment peut être décrit de la façon suivante : « Je me sentais comme, perdu, sans compagnon, abandonné et sans avenir. Je ne pouvais ni trouver quelqu’un, ni me retrouver moi-même. » On se agité, énervé, impatient, troublé. Comme si on se retrouvait emporté par le courant d’une rivière tumultueuse, cherchant en vain à s’agripper. Les idées sont incohérentes et les émotions sont bouleversantes.

Cette confusion apparaît dans la façon d’accomplir les tâches quotidiennes. On les commence sans les finir, on oublie des rendez-vous. L’efficacité au travail est réduite. On n’arrive pas à prendre des initiatives structurées. On se sent fatigué et sensible surtout le matin et le soir. Le coucher est pénible, on s’éveille plusieurs fois dans la nuit et trop tôt ou tard le matin. On oublie le jour, l’heure. Le temps passe trop vite, ou au contraire, les heures n’en finissent pas. Passé et avenir sont figés : il n’y a que le moment présent.

Vous pouvez avoir le sentiment de rechercher sans trêve la personne décédée. Les souvenirs et le désir de la revoir reviennent sans cesse, au point parfois de déformer vos perceptions. Les images vous hantent littéralement, allant jusqu’à l’impression d’entendre la personne disparue, d’halluciner sa présence. Pourtant on ne devient pas fou.

L’impression de confusion ne survient pas subitement, c’est plutôt comme une vague qui monte, puis disparaît. Durant cette période, il faut veiller à ne pas prendre de décisions majeures. Une mauvaise décision entraînerait une perte encore plus grande. S’il faut prendre une décision grave demander conseil.

 

Ambivalence

 

L’ambivalence apparaît au niveau de sentiments et des comportements. Si quelqu’un meurt après une longue maladie, il y a à la fois tristesse et soulagement. On veut faire des choses, et on se sent incapable d’en commencer une seule. On eut fuir la maison et tous les souvenirs, qui en même temps, nous attirent. On s’irrite sur le médecin traitant qui tarde à nous voir, mais quand l’occasion se présente, on hésite à la saisir. ON veut faire appel à l’entourage pour être aidé, tout en voulant rester seul avec ses pensées et ses souvenirs. On veut oublier, lâcher, et en même temps garder, construire le souvenir. ON veut contrôler ses émotions, mais aussi pouvoir se laisser aller.

Cette division intérieure est le signe du combat avec la réalité. C’est vouloir et ne pas vouloir, c’est chercher et c’est fuir. Pendant le deuil, on peut arriver à ne plus comprendre à cause de son ambivalence. L’entourage aussi a du mal à comprendre, peut décrocher devant cette situation .

 

 

Colère et agressivité

 

 

La colère et l’agressivité sont des réactions normales après la perte d’une personne. On est en colère contre le défunt, qui négligeait sa santé, qui abandonne sa famille, qui laisse les survivants se débrouillés seuls. On se sent mal d’éprouver ce sentiment parce qu’il est socialement peut acceptable de dire du mal d’un mort, ou de lui reprocher sa mort, sauf éventuellement lors d’un suicide.

L’agressivité dirigée vers soi-même peut amener à l’autodestruction. Ne plus ses sentir digne, sa faire du tort, se rendre la vie difficile. Plus fréquemment l’agressivité s’adresse à d’autres. Aux couples qui s’embrassent dans la rue, aux femmes enceintes, plus particulièrement quand elles ont perdues un enfant…

La difficulté quand l’agressivité s’adresse aux proches est de comprendre que cette agressivité ne leur est pas destinée, mais qu’elle s’exprime face à quelqu’un de confiance. Ceci peut être encore plus dur si elle s’adresse à un autre membre de la famille, souffrant lui aussi de la même perte. Devoir en même temps supporter l’agressivité, et vivre son propre chagrin, est dur à vivre. Des relations peuvent se rompre et des familles se disputer. Accepter la colère et l’agressivité sera plus facile en sachant que c’est une réaction normale à a perte d’un être cher ou de quelque chose de précieux. Il vaut mieux pouvoir encourager l’agressivité de la personne en toute conscience pour qu’elle ne se déverse pas de façon anarchique et ne se transforme pas en amertume.

 

 

 

Angoisse et peur

 

Devant l’inconnu la plupart des gens éprouvent angoisse et peur. Dans les situations de perte, l’inconnu n’est pas seulement le fait de devoir continuer sans l’être cher, c’est aussi l’expérience d’intensité jamais éprouvée. Le surgissement de ces douleurs intenses, crises de larmes, inattendues mine la confiance en soi. On se projette sur de nouvelles activités pour compenser notre tristesse et soudain nous sommes envahis par encore plus de tristesse. Le défunt nous renvoie à chaque chose que nous ne faisons lus avec lui…On veut par exemple parler du disparu avec un ami, mais la douleur nous coupe la parole. A tout moment peut survenir l’angoisse d’une nouvelle perte. Si la mort a frappé si brutalement, pourquoi n’y aurait-il pas une nouvelle perte brutale ? La perte de quelque chose ou de quelqu’un d’aimé est souvent vécue comme la perte de soi-même. Ceci est particulièrement intense quand on perd un enfant. Perdre une partie de soi-même entraine la question suivante : qui-je ou que suis-je maintenant ? Ce sentiment, plus ou moins marqué, peut perdurer jusqu’à la fin du deuil.

 

 

Culpabilité

 

La culpabilité est toujours omniprésente et il y a plusieurs raisons à cela, Tout d’abord il y l’ambivalence de sentiments positifs et négatifs. Dans l’amour que l’on porte à quelqu’un, il y a toujours un aspect qui a pu nous irriter. On pourra se sentir coupable de choses qu’on a faites ou, au contraire omises. Malgré toute la bonne bonté, on se sent coupable de ne pas avoir pu dire ceci ou cela. On se sent coupable d’être vivant quand l’autre est mort et coupable de ses sentir soulagé d’une mort après une longue maladie.

En fait il y a deux types de culpabilité. Une culpabilité injustifiée, sans rapport avec ce qui s’est réellement passé et d’autres proviennent d’attentes irréalistes du fait de croire qu’on aurait être plus patient, plus attentif, être moins égoïste… Dire que ça ne sert à rien de se sentir coupable est une façon de nier la culpabilité. Même si la culpabilité est inutile dans certains cas, l’expression peut délivrer.

Le deuxième type est la culpabilité justifiée qui peut avoir une relation entre ce que nous avons fait ou omis de faire, et un tort important causé à la personne décédée. Dans ces situations la culpabilité peut être destructrice. Pour se réparer vous pouvez tenter une réparation en effectuant un travail altruiste, mais en tout état de cause il faut déjà apprendre à reconnaître notre comportement protecteur ou défensif qui nous a fait agir à l’insu de la personne décédée.

Alain, 20 ans, avait défié son copain pour une courses en moto. Ils avaient pris tous les risques. Son ami avait chuté violemment et mourrait peu après son entrée à l’hôpital. Alain était dans la salle d’attente et à l’annonce de sa mort, il garda la tête baissée, et partit sans un mot. Il se sentait très coupable. Dès qu’il en parlait chacun s’empressait de le rassurer, de lui dire qu’il n’y pouvait rien, qu’il cesse d’y penser. Personne ne le laissait dire jusqu’au bout ce qu’il pensait. Il n’osa plus en parler. Six semaines plus tard il eut un accident semblable. Les sentiments et les émotions qui ne s’expriment pas,  ne disparaissent pas pour autant. Ils cheminent au plus profond de nous-mêmes par un travail destructeur

 

 

La honte

 

La honte est proche de la culpabilité. C’est ce que l’homme éprouve quand il n’arrive pas à garder une bonne image de lui-même. La honte reste souvent cachée sous l’agressivité, la révolte ou de la dénégation. On peut être honteux de se mettre dans des états que les autres ne nous reconnaissaient pas. Un enfant peut se senti honteux de ne plus avoir de papa. Une veuve est honteuse de son statut  d’isolée…

 

Dépression et désespoir

 

La dépression et le désespoir sont les émotions auxquelles on s’attend le plus quand on parle de perte. On peut se sentir triste, sombre abattu. On ne profite plus des choses agréables. On se sent vidé, apathique. Sans goût, ni énergie. Le regard sur l’avenir est pessimiste, voire désespéré. On se sent victime. On pleure de façon inattendue, les larmes sont toujours prêtes à jaillir. Parfois on a l’impression de perdre le contrôle de la situation, d’être trop sensible, vulnérable. La vie n’a plus de sens. On se fait des reproches. La honte et la culpabilité continuent de miner la confiance en soi. On se sent dépendant, réagissant de façon infantile.

Pour l’entourage familial, les amis, les collègues, ceci n’est pas facile. Il faut qu’ils veillent à ne pas conseiller, encore moins critiquer. Dans le deuil, on a besoin d’attention pour ce qu’on éprouve. Ce qui aide c’est quelqu’un qui fait comprendre que la tristesse a le droit d’exister et d’être exprimée.

 

Pensées obsédantes

 

Etre préoccupé en permanence par le défunt, par les circonstances de la mort est une réaction naturelle. Repenser, reconstruire les événements permet de reprendre prise sur la réalité. Même si non ne peut revenir en arrière, construire en pensée une impression de prévisibilité, de capacité de contrôle, diminue la crainte d’un imprévisible absolu. C’est le désir d’annihiler la perte. On reste en présence du mort, ne fût-ce qu’en pensées. On tente de s’accrocher à lui, en repassant dans sa tête des idées, des images, en créant des circonstances même irréelles pour être avec lui. On regarde par exemple longuement une photo, on relit des lettres. C’est seulement un problème quand cela prend trop de temps et d’énergie, au point de couper, longtemps après le décès la personne en deuil de la vie quotidienne.

 

Identification

 

S’identifier au défunt est une façon de s’accrocher à lui. Certaines indentifications ne sont pas dangereuses. De tout temps, à tout âge, l’homme cherche des modèles, des repères pour se construire. Après un décès consciemment ou inconsciemment, on peut avoir tendance à s’identifier au disparu. On reprend ses centres d’intérêt sans se rendre compte que c’est une manière de lui ressembler et de continuer la relation. L’identification peut être dangereuse, si on perd sa propre personnalité, si on veut ressembler au défunt dans un domaine où l’on n’a pas les compétences requises. Parfois on est poussé à s’identifier, comme ce jeune fils aîné de  quinze ans qui a pris l’autorité de son père à son compte. L’identification est malsaine si elle occulte la réalité de la mort.

 

Idéalisation

 

L’idéalisation entraîne souvent des problèmes dans une famille où un enfant est décédé. L’idéalisation de l’enfant disparu peut donner l’impression aux autres enfants survivants qu’ils ne sont plus rien pour leurs parents, ou bien qu’ils valent moins que leur frère ou sœur décédée. Si des enfants disent : « Regarde, je suis toujours là », ceci peut signifier une tentative de consoler les parents, mais parfois aussi un appel pour qu’on considère leurs besoins, qu’on réponde à leur tristesse qu’ils éprouvent eux aussi. Des frères et des sœurs vont jusqu’à dire que la mort de cet enfant fût la pire chose.

Ici il est important de considérer la tristesse des frères et sœurs mais aussi le manque d’attention que les parents en deuil ne réalisent pas. Dans le déroulement normal du deuil, l’idéalisation diminue progressivement et une image plus réaliste se reconstruit.

 

 

Idées de suicide

 

Se demander si cela a du sens de vivre encore… Cette pensée peut nous revenir de temps à autre, et cela fait partie également  du processus de deuil. On dit que ce ne serait pas grave de ne plus se réveiller un matin. Ce n’est pas l’expression d’une volonté  active de mourir, mais davantage un désir de ne plus souffrir. Ces pensées sont normales ; par contre, faire des plans, des tentatives pour finir avec la vie, ne l’est plus. Parfois la tristesse est telle qu’on se demande si on pourra un jour reprendre pied. Ce n’est pourtant qu’en avançant avec la tristesse, le chagrin et la douleur qu’on pourra retrouver le sens de la vie. Si les idées de suicide prennent forme concrètement, une aide rapide s’impose. Ne faites pas comme ma nièce ! Son mari, s’est suicidé on ne sait pour quelle raison. La douleur de la perte a été si vive pendant quelques mois qu’elle prit aussi la décision de mettre fin à ses jours. La distance fit que je ne pus l’accompagner dans sa peine.

 

Les relations sociales

 

Le deuil peut s’exprimer également dans des changements de comportement social. L’agitation, l’incapacité de rester calme, perturbent certaines relations. On perd l’intérêt pour les activités habituelles, on manque d’énergie pour entreprendre. Il arrive qu’on s’irrite plus facilement sur les autres. Comme l’énergie pour les relations sociales manque, on évite bien souvent le contact avec les amis ou l’entourage. Cela peut donner l’impression qu’on refuse toute aide proposée, alors qu’on en a précisément besoin. Dans le fond, la  seule chose qu’on désire vraiment, c’est de retrouver le disparu, de retrouver la situation d’avant. Tout le reste semble sans importance. On néglige alors les contacts sociaux. La douleur éprouvée lorsqu’on voit les autres ayant toujours les êtes chers, pousse la personne à l’isolement.

Le manque d’énergie provoque paradoxalement le refus d’aide. De plus, on aura parfois tendance à ses complaire dans la dépendance, à s’accrocher aux autres. Ayant du mal à rester seul, on cherchera à être entouré. Parfois on cache sa tristesse, de crainte qu’elle ne soit pas supportable par l’entourage ou qu’elle n’éloigne amis et connaissances. Il est aussi possible qu’on se mette à se méfier des autres plus de raison. On peut devenir agressif, même lorsque d’autres nous montrent de la compréhension. Comme si on leur en voulait de ne plus pouvoir leur reprocher de nous laisser seul…

 

 

Symptômes physiques

 

 

Le deuil peut se manifester par de multiples réactions physiques: perte d’appétit ou boulimie, amaigrissement, perte d’énergie, fatigue excessive, perte du désir sexuel, ou augmentation de celui-ci, aboulie, agitation, insomnie à l’endormissement ou en pleine nuit, sensation de boule dans la gorge, épuisement, sensation d’étouffement, nervosité, tension. Parfois les symptômes sont la seule indication que le deuil n’est pas terminé. Durant le deuil, les défenses sont réduites, dans tous les sens du terme. On est donc plus vulnérable à la maladie. Voilà pourquoi il faut être attentif à sa santé et à un minimum de bien-être physique après une perte importante.

 

Sexualité

Il n’est pas anormal d’avoir des relations sexuelles perturbées deux ans après la mort d’un enfant et la disparition d’un conjoint entraîne aussi la perte d’un partenaire sexuel de confiance. Dans un couple l’un peut souhaiter une intimité sexuelle plus intense, comme expression de l’importance du lien, alors que c’est précisément ce que l’autre ne peut supporter à ce moment. C’est encore plus difficile lorsque cette différence est vécue comme un rejet, ou comme une perte supplémentaire. Pour l’un la sexualité est liée au plaisir, à la joie, et il recherchera ces moments de tendresse dans le chagrin. Pour l’autre, tout ce que représente une jouissance est impensable dans de telles circonstances. Et pourtant ce sont deux être blessés par la perte, qui tentent chacun à leur manière, de diminue la douleur. Leurs réactions et leurs désirs peuvent être fort différents, car personne ne réagit au deuil de la même manière, au même rythme. Il donc important d’aborder ouvertement les émotions liées à la sexualité, afin de comprendre les besoins de l’un et de l’autre. De cette façon, on évitera que des partenaires deviennent étrangers. Cela peut prendre du temps avant de pouvoir partager à nouveau chaleur et joie, malgré la tristesse.

 

 

Conclusion

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Nous l’avons vu, il y a autant de  façons de vivre un deuil que d’étapes à ne pas négliger si l’on veut se remettre d’une perte. Malgré la douleur de la perte, celle-ci doit nous ouvrir de nouvelles perspectives. Vos croyances en matière de religion ou de spiritualité vont jouer un rôle déterminant pour votre avenir. Si vous n’arrivez pas à vous remettre d’un perte, c’est que cela vous renvoie à des blessures plus anciennes qu’il faut prendre en compte. Dans ce cas de figure n’hésitez pas à consulter un psy, ou venir me consulter pour apprendre à faire votre deuil et mettre en exergues les résistances qui vous empêchent de continuer à vivre…

 

 

 

 

 

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