Comprendre les étapes du deuil, accompagné les personnes en souffrance et réapprendre à vivre sans nos êtres chers…

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Un deuil est toujours unique et il n’y a pas deux personnes qui vivent un deuil de la même manière, même si on peut trouver, chez la plupart, des vécus et des émotions semblables. Perdre un conjoint, un parent, un enfant, un animal n’est pas la même perte et sera vécue différemment selon les expériences personnelles, l’âge auquel on perd la personne aimée, les circonstances du ou des décès. Tout cela fait qu’une perte est toujours différente pour chacun, et donc unique.

 

 Le travail du deuil

 

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De même deux parents qui perdent un enfant pourront le pleurer  tout autrement. Ils peuvent devenir dans leur détresse, étranger l’un à l’autre et la tristesse peut créer un gouffre qui les empêche de se retrouver. A d’autres moments, la perte de leur enfant peut les rapprocher et rendre leur relation plus intense qu’avant. Certains peuvent se perdre dans le chagrin puis  se retrouver. Accepter la mort sera plus facile si l’on s’est préparé lors d’une longue maladie. Le souvenir sera différent si on n’a pu se dire adieu, se parler avant la mort, ou si on est brutalement confronté à une mort accidentelle ou un assassinat. Chaque perte à ses exigences et la tristesse commune après le décès d’un être cher peut être ressentie de manière analogue lors d’autres pertes importantes.

Un couple qui ne peut avoir d’enfant et qui doit définitivement abandonner son désir d’être parents. La perte d’un projet de vie important, la perte d’un emploi, une espérance de vie qui ne se réalise pas, une promotion ratée, une mutation non souhaitée, un renvoi, tout cela peut bouleverser quelqu’un autant qu’un décès surtout quand la personne est très investie.

On peut aussi perdre un être cher qui reste en vie mais touché par une maladie mentale qui glisse lentement vers la démence. Il est toujours là, mais ce n’est plus lui, parce qu’on  a perdu ce qu’il était. Qui pense à ce que représente, pour des parents la confrontation quotidienne à leur enfant handicapé ? Au désespoir d’un vieillard qui, malgré son désir de rester dans son environnement familier, doit entrer en maison de repos ? A la perte d’un ami ? Pourtant on porte eu d’attention à la tristesse causée par la perte d’un ami.

 

 

 

La tristesse dans le deuil

 

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Si la tristesse est connue et ressentie de tous, elle n’est pas la même expérience pour chacun. Seuls ceux qui sont capables d’amour,  éprouvent aussi le chagrin. Ceux qui ne sont pas capable d’aimer éprouvent bien moins de tristesse. Le deuil, c’est notre manière de faire dans la tristesse, c’est vivre avec la tristesse, pour guérir peur à peu. Mais l’idée répandue que le temps panse toutes les plaies est une idée erronée. Si on s’installe dans un coin en attendant que le temps nous guérisse, le temps ne fera rien. Ce n’est pas le temps qui guéri, c’est ce qui se passe pendant ce temps. La douleur peut diminuer avec le temps, l’intensité moins forte mais la peine n’est cependant pas disparue.

Reconnaître la tristesse aide et soulage plus que la taire ou la refouler. Si l’émotion ne peut s’exprimer, elle trouvera souvent d’autres portes de sortie, sous forme d’amertume, ou de maux physiques. Il faut du temps Nous sommes triste dans le deuil parce que l’autre représente une partie de nous-même que nous avons perdue. Nous perdons une partie de notre histoire, et de relations. La personne endeuillée est blessée ; c’est comme du sang qui coule d’un corps blessé. Et telle la plaie qui fait mal quand on s’y cogne, la tristesse reste sensible quand on y est confronté lors de souvenirs ou d’expériences, même bien plus tard.

 

Y a-t-il un avenir quand on a vécu une grande perte ? Il n’y a pas qu’une réponse à cette question. Parfois c’est comme si on vivait plus que dans le passé, replié sur ce qui nous manque. Certains s’adaptent plus facilement, d’autres ont l’impression d’errer sans but, l’amertume, le désespoir, l’impossibilité de penser à un quelconque avenir. On en voie certains se relever plus sage, plus généreux, plus humains. La souffrance ne provient pas seulement de la perte de quelqu’un ou de quelque chose de cher. Elle vient aussi du vide qui se crée, de la confusion qui empêche de voir ce qu’il faut faire, comment le faire, à qui s’adressé pour être soutenu et consolé. L’aide d’accompagnants peut être précieuse, surtout au début, face au vide qui paraît infini, mais qui que ce soit qui veut aider il est préférable de soutenir celui qui cherche ses propres solutions plutôt que de vouloir lui suggérer les siennes. Il n’y a aucune recette  pour créer un lien avec quelqu’un dans la détresse, on ne peut qu’écouter ce que la personne ressent et l’aider à s’exprimer.

 

Même si chacun vit le départ et la perte de manière unique, on, retrouve néanmoins chez la plupart d’être nous des réactions assez habituelles, et bien repérables. Des réactions communes n’apparaissent ni au même moment, ni au même rythme, ni avec la même intensité. L’expression « travail du deuil » montre bien qu’il s’agit d’un effort. Cela nous permet de comprendre pourquoi des gens tristes peuvent être épuisés au point de ne plus pouvoir accomplir des tâches quotidiennes. Chaque travail peut être décomposé en différentes tâches qui toutes, devront être accomplies pour assumer une perte jusqu’au bout. Le mot « tâche » comme j’ai coutume de l’exposer provient de la thérapie cognitive et comportementale ou le patient participe activement à sa guérison. Ce faisant elle remédie à l’impuissance que ressentent la plupart des personnes endeuillées. Ces tâches devront être accomplies jusqu’au bout pour que le deuil puisse se terminer. Des tâches inachevées peuvent empêcher de retrouver le goût du bonheur dans la vie.

 

 

 

 

 Accepter le réalité de la perte

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Première tâche

Quand quelqu’un meurt, on a souvent l’impression que ce n’est pas possible, que ce n’est pas vrai. Même quand la mort attendue survient après une longue maladie. C’est comme un mauvais rêve, un cauchemar. Certains n’arrivent plus à prononcer un mot, d’autres pleurent. D’autres veulent se rendent sur le champ auprès de la personne décédée, parfois pour se persuader que ça ne peut être vrai. Certains fonctionnent sans sentiments apparent, comme si cela ne leur faisait rien. C’est le cas quand ils n’ont pas encore intégrer la réalité de ce que cela représente. Le refus d’intégrer la réalité de la perte peut perdurer pendant des années et induire des symptômes tellement polymorphes qu’il est parfois difficile de les relier à des décès. C’est le cas de Delphine qui  a peur de s’engager dans une relation affective durable. Après analyse Delphine à associer la perte d’un être cher à un sentiment d’abandon et a une peur de la mort. Cela occasionne chez elle des angoisses qui se manifestent par des attaques de panique de plus en plus fréquentes… Accepter la réalité de la perte, c’est accepter de passer par toute une gamme d’émotions douloureuses et dans son cas elle se l’est  interdit. Prenons un autre exemple de la perte d’un enfant. Anne  se réveille un Dimanche matin entendant son fils jouer du piano (celui-ci est mort trois semaines auparavant). Elle fonce au salon et le voie jouer son morceau préféré. Quand elle a voulu mettre ses mains sur ses épaules, il avait disparu. Alors elle s’est mise en colère sur son mari décédé, qui lui reprenait maintenant son fils. En colère contre son fils, qui avait tellement été imprudent. En colère contre elle-même, qui lui avait autorisé cette sortie.

Ces sortes d’hallucinations ou de fantasmes sont habituelles dans le comportement après un décès. On nie  le fait de la mort et est nullement pathologique sauf quand la tristesse, la colère et même la culpabilité est refoulée.

Pour commencer réellement le travail de deuil, il faut reconnaître la réalité de la perte et c’est pour cela qu’il est important de voir le corps du défunt. Trop on le déconseille, car cette confrontation peut être pénible pour les survivants ; Par exemple quand quelqu’un est défiguré lors d’un accident, ou qu’une maladie à a transformé un visage, on dira facilement : « Il vaut mieux garder l’image de lui vivant. » On se retrouve cependant devant la tâche d’accepter la réalité de la mort.  D’où l’importance de tenter de présenter de façon soignée la personne décédée. Parfois on s’imagine le pire alors que la réalité est tout autre.

Il est également important de comprendre ce qui s’est passé, le pourquoi et le comment. L’explication nécessaire n’est pas le même pour tous, mais l’important est de pouvoir être satisfait de l’explication donnée. Ainsi par exemple, une femme a toujours refusé de croire au suicide de son mari. Pour elle, c’est toujours resté un accident. Sans l’explication de la cause du décès, l’angoisse peut rester importante. C’est bien ce qui se passe après la mort subite d’un nourrisson. On n’a toujours pas d’explication bien claire, et cela entretient l’inquiétude concernant les causes de la mort.

Si cette tâche comportementale n’est pas accomplie, on reste bloqué dans un stade de dénégation qui nous renvoie à la description que j’ai faite plus haut.

 

 

Prendre conscience de la douleur de la perte

 

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Deuxième tâche

Le seul chemin pour  se libérer de la douleur de la perte passe droit à travers de la douleur. Tout ce qui permet d’alléger la douleur, ou de la reporter, ne fait que prolonger le processus de deuil. On peut essayer de ne pas y penser, ou de bloquer ses émotions quand on y pense. ON peut tenter de minimiser cette perte, ou se concentrer sur la tristesse des autres et ne pas se pencher sur sa propre tristesse. On peut se dire qu’il ne faut pas être triste puisqu’on se retrouvera dans l’au-delà. On peut s’occuper au point de ne pas avoir le temps de sentir la rupture et la tristesse. Toutes ses manières de fuir la douleur peuvent fonctionner un temps, mais tôt ou tard il y a toujours un retour de flamme.

Si on veut se reconstruire après une perte, c’est d’affronter la douleur sinon elle se représentera plus tard sous forme d’un symptôme comme une maladie ou un comportement aberrant. Le problème est qu’à ce moment-là on ne fera plus le lien avec une tristesse ancienne, et l’entourage ne sera plus du tout prêt à écouter cette tristesse. Le sentiment d’absence du défunt est énorme, le survivant sanglote et pleure. Au début, ces jaillissements sont fréquents, puis diminuent après quelques semaines et peuvent apparaître encore bien plus tard quand quelque chose réactive le souvenir.

La douleur ne se manifeste pas uniquement sous forme de larmes ou de douleur physique. Elle s’exprime aussi par la révolte ou l’agressivité. Cette agressivité peut être dirigée contre le défunt lui-même, mais aussi contre Dieu, contre soi-même, contre les médecins ou l’hôpital. Agresser, protester, sont des réactions normales dans un processus de deuil. Ces sentiments ne doivent pas être réprimées ou refoulés. L’entourage a trop souvent tendance à freiner leur expression, car cela fait peur. Souvent, plus nous sommes, pour la personne ne deuil, quelqu’un de proche et de confiance, plus nous aurons à encaisser cette agressivité car elle se sent en sécurité. Dans la relation conjugale, l’homme et la femme  réagiront souvent avec une agressivité ou une irritation. Au point de provoquer des ruptures. On se demande parfois qui est coupable ou est responsable, qui a commis une erreur, alors que la faute incombe aux circonstances. La perte peut engendrer un changement radical de notre équilibre psycho-affectif, elle peut faire émerger des problèmes personnels qui étaient étouffés jusque alors. C’est peut-être le cas d’un couple qui perd un enfant…

La douleur s’exprime aussi par des sentiments de culpabilité. Il y a toujours à posteriori, des regrets et des sentiments de culpabilité. Si j’avais été plus attentif à elle…Pourquoi ai-je été si brutal ? N’aurai-je pas dû l’obliger à arrêter de fumer ? J’aurai dû lui parler plutôt dans on état. Ces sentiments de culpabilité sont parfois fondés, parfois pas. Mais si quelqu’un se fait des reproches imaginaires, il est utile de le laisser dire, car ils sont, eux aussi, l’expression de la douleur. Au lieu de répondre qu’il ne faut pas se sentir coupable, on peut faire comprendre que cette culpabilité est normale lors d’un deuil et qu’en parler soulage.

Si vous n’avez pas accompli cette tâche de ressentir, et de ne pas vous fermer aux sentiments, vous aurez sûrement besoin d’une thérapie pour vous libérer des émotions. L’expérience sera plus complexe parce qu’elle nécessitera de réactiver de la douleur alors que la personne à tout fait la réprimée.

 

 

Apprendre à vivre sans le défunt

 

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 Troisième tâche

S’adapter ce n’est pas seulement trouver une solution à des problèmes techniques et matériels. La mort d’un conjoint peut également entraîner la perte d’un certain statut social. Parfois on perd un groupe d’amis, on n’est plus invitée à la réception de fin d’année de l’entreprise de son mari. Les parents qui perdent un enfant sont perçus comme des parents sans enfant, et non comme des parents d’un enfant décédé. Ils doivent s’adapter à l’absence de fêtes enfantines, de réunions de parents, à une rentrée scolaire vide, à des vacances sans camp scout.

Certains luttent contre eux-mêmes en se présentant comme impuissant, en ne développant pas de nouvelles compétences dont ils seraient capables, en refusant des contacts sociaux, en assumant pas certaines obligations. Ceci peut se manifester par l’idéalisation de la personne décédée. L’idéalisation de l’enfant décédé peut donner aux enfants survivants le sentiment qu’ils ne sont plus rien ou pas grand-chose pour leurs parents. Des réactions comme : « Mais nous sommes toujours là », peuvent être comprises comme une tentative de consoler, comme un appel pour qu’on s’intéresse à nouveaux plus à eux, comme une demande de compréhension de leur propres tristesse. Des frères et des sœurs confient parfois que cette mort fut le pire événement qui leur arrivât. Les parents leur portèrent moins d’intérêt, ne vivant plus que leur tristesse.

Une autre manière de s’accrocher au défunt, est l’identification. Celle-ci peut prendre plusieurs formes. La personne en deuil peut reprendre certains intérêts, activités ou objectifs de la personne aimée. ON se comporte comme le décédé. Parfois, c’est en reprenant les mêmes plaintes, voire les mêmes symptômes. On a parfois l’impression de se glisser dans son esprit. On peut chercher aussi l’identification par projection : en souhaitant par exemple qu’un des enfants reprennent le rôle du mort. Et même le fait de vouloir mourir, le désir de mort, est une forme d’identification au mort. Le désir d’être mort n’équivaut pas à des idées suicidaires. En effet, il ne s’agit pas ici de vouloir mettre fin à sa vie, mais d’être délivré de sa peine, et de rejoindre le défunt.

 

 

 

Réapprendre à aimer la vie après la perte du défunt

 

 

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Quatrième tâche

La quatrième tâche consiste à attribuer à a personne décédée une nouvelle place émotionnelle dans la vie. Il ne s’agit pas de ne plus l’aimer ou de l’oublier, mais de réapprendre à aimer la vie, les gens…Beaucoup ont du mal à réaliser cette tâche, ayant l’impression d’être irrespectueux à la mémoire de leur conjoint, de leur enfant, de leur père, s’ils aiment à nouveau la vie, ou d’autres personnes. Certains éprouvent de l’angoisse au moment de nouer de nouvelles relations.

Ne pas accomplir cette tâche signifie ne plus se lier, ne plus aimer la vie, ne plus aimer les gens. Le deuil peut s’enliser et bien des années plus tard, ils se rendent compte que leur vie s’est arrêtée au moment de la perte.

Le travail du deuil est achevé quand ces quatre tâches ont été accomplies, mais il est impossible de préciser la durée de ce travail. Le temps que cela prend dépend de beaucoup de facteurs : la relation que nous avions avec la personne décédée, les circonstances de  la mort, la précocité de celle-ci, l’aide reçu pendant la période qui suit le décès, la manière dont la mort fut annoncée, ce qu’on a pu faire avant le décès, notre personnalité  comprenant des fragilités particulières. Un an deux ans, ce n’est pas long pour assimiler une perte importante. Une façon d’apprécier l’accomplissement de cette étape est la possibilité de repenser à la personne décédée, sans ressentir de douleur intense. Même si toute la vie, il restera quelque chose de cette douleur, cette perte nous aura fait grandir, changer. Cette expérience, marquée par la douleur et le chagrin, aura son importance dans nos rapports aux autres. La personne décédée peut de venir présente, d’une autre manière, en étant source de force et d’inspiration

Sophie, mère célibataire, a son fils mort du Sida, à l’âge de 22 ans. Suite à cet événement, elle a voulu aider les gens dans la même situation, afin d’éviter tout le poids de la stigmatisation qu’elle a vécu avec cette souffrance. Elle s’est mise à travailler dans un centre d’accueil pour des familles de patients sidéens. Elle racontait son expérience pour dire qu’elle était devenue meilleure et que sa mort lui appris ce qu’est un amour inconditionnel. Ce qu’elle fait maintenant lui donne plus d’amour en retour qu’elle n’a jamais eu.

Aller jusqu’au bout de ces étapes nous donne la chance de trouver de nouvelles satisfactions dans une nouvelle vie. Dans la rupture amoureuse, nous retrouvons des similitudes avec le deuil réel. Rompre avec un conjoint est aussi un deuil et nous passons pratiquement par les mêmes émotions. Je développerais plus concrètement dans l’article suivant les émotions et les schémas de comportements qui peuvent se produire après une perte ?

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